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ATTENTATS AU BURKINA FASO; Difficile de ne pas penser à la main de Blaise Compaoré

Blaise Compaore | PHOTO: Paul Yapi
    Le nom de Blaise Compaoré est de plus en plus évoqué dans l’affaire des attentats qui ont endeuillé le Burkina Faso. S’il bénéficie de la présomption d’innocence, les accointances de l’ancien homme fort du Faso avec les terroristes font de lui, tout au moins, un suspect. 
 
    Dans les médias, les premiers commentaires post attentats tendaient à expliquer que l’actuel régime burkinabé n’était pas assez renseigné pour surveiller les terroristes contrairement à Blaise Compaoré qui était assez introduit dans les réseaux pour les contrôler. Toutefois, l’idée d’une plus grande efficacité des renseignements sous Compaoré est de plus en plus écartée au profit de sa collusion avérée avec les terroristes. Désormais, la quasi majorité de ceux qui commentent l’attentat n’hésitent plus à lorgner vers l’ancien président Burkinabé déchu et réfugié en Côte d’Ivoire voisine. S’il n’est pas accusé, Blaise Compaoré est présenté à mots couverts presque comme un suspect.
 
     Commentant l’attentat sur RFI samedi dernier, notre confrère Jean Baptiste Placa, a clairement évoqué les accointances avérées entre Compaoré et « ses amis » les terroristes qui vivaient dans les quartiers chics de Ouagadougou. Et de conclure « Si Blaise Compaoré a quelque chose à voir avec ces attentats, il n’a pas intérêt à s’en glorifier ».
Certes le pays a déjà connu deux attentats, mais que les terroristes s’attaquent cette fois au cœur même de l’institution militaire, dénote d’une assurance que seuls peuvent avoir des gens bien informés, connaissant bien le terrain et bénéficiant de complicité à un haut niveau. Le Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans qui a revendiqué l’attentat est dirigé un Touareg comptant aux nombre des amis de Compaoré qui avaient pion sur rue dans les villas cossues de Ouaga 2000.
 
     La relation entre Blaise Compaoré et les terroristes va bien au-delà de l’amitié et la solidarité. Il existe entre eux un pacte, une relation d’osmose voir même de symbiose car, en réalité, chaque partie se nourrit de l’autre. En effet, le régime de Blaise Compaoré offrait le territoire burkinabé comme base arrière aux mouvements terroristes qui en retour travaillaient pour lui. Agissant comme sous-traitant de certaines puissances coloniales pour corriger des chefs d’Etats réfractaires, Compaoré a recouru aux terroristes pour semer le trouble et la terreur de bien des pays. En pleine guerre civile ivoirienne, un ressortissant mauritanien dont on dit qu’il est très influent auprès des mouvements djihadistes avait été signalé dans un quartier chic d’Abidjan par des sources crédibles. Ces mêmes sources expliquent que cet homme, émissaire de Compaoré a contribué par l’envoi de mercenaires, à la chute de l’ex-président ivoirien.
 
    Tolérés et introduits au Faso par Blaise Compaoré, les terroristes ont bien pu recruter sur place. Il n’est donc pas étonnant que des ressortissants burkinabé figurent au nombre des assaillants. Il apparaît donc difficile d’écarter la piste d’un coup ou tout au moins, d’une responsabilité de Blaise Compaoré dans les attentats et plus généralement la détérioration progressive du climat sécuritaire au Faso. D’ailleurs, les plus hautes autorités burkinabé ne disent pas autre chose.
 
    «La reconquête du pouvoir, la vengeance ou la recherche d’une gloire illimitée ne peuvent pas justifier ça », a, en substance déclaré  le président Roch Marc Christian Kaboré selon RFI en son édition d’Afrique matin d’hier.
Si cette déclaration n’est pas une accusation contre Blaise Compaoré, il faut reconnaitre qu’elle décrit bien le « portrait-robot » du président déchu. En effet, s’il y a bien quelqu’un qui rumine une vengeance, qui a un pouvoir perdu à reconquérir, et qui était au sommet d’une certaine gloire sous régionale, c’est bien Blaise Compaoré.
 
     En outre, le contexte marqué par le procès de ses hommes de main, les généraux Gilbert Diendéré et Djibril Bassolé, offre à Blaise Compaoré une raison supplémentaire de lâcher ces chiens de guerre sur le Burkina Faso. Oui, Blaise Compaoré a de bonnes raisons de s’en prendre au pouvoir du président Kaboré. En effet, plusieurs explications donnent à croire que le dernier attentat vise plus à s’attaquer au régime burkinabé qu’à s’en prendre à Paris.
 
     Premièrement, il y a cette vidéo de l’otage française qui a été diffusée quelques jours avant par le même groupe auteur de l’attentat. Quel intérêt pour le groupe terroriste de se signaler et attirer l’attention de Paris sur lui alors qu’il prépare une attaque contre une cible française ? Cela reviendrait à appeler le quai d’Orsay pour annoncer que l’on va attaquer une ambassade française. Ce n’est pas une habitude des terroristes que d’annoncer les attentats à l’avance. L’une des caractéristiques de l’attentat terroriste, c’est bien l’effet de surprise.
 
     Deuxièmement, il y a la répartition des moyens sur les deux principaux sites attaqués en l’occurrence l’état-major de l’armée burkinabé et l’ambassade française. A en croire, tous les témoignages rapportés jusque-là, les terroristes ont fait exploser la voiture piégée dans la cour de l’état-major alors qu’ils avaient déjà pu y entrer grâce notamment aux tenues de l’armée burkinabé. Chez ces groupes affiliés à Al Qaida, le mode opératoire habituel est de faire exploser la voiture piégée pour ouvrir la voie d’accès à un bâtiment. Après quoi, les hommes armés entrent en scène. De plus, pourquoi n’avoir pas réservé la voiture piège pour l’ambassade de France si tant est que ce site est aussi une cible prévue ? la question est d’autant plus pertinente qu’on le sait l’ambassade de France est bien plus sécurisée tant au niveau de la bâtisse elle-même que des moyens humains et militaires (forces spéciales).
 
     Troisièmement, il y a la décision même de cibler directement l’ambassade. Il faut indiquer cette attaque est l’une des premières du genre menées directement contre une ambassade française en Afrique. Les terroristes ont plutôt l’habitude de se rabattre sur des cibles moins sécurisées dites cibles molles sans que cela provoque moins d’émotion dans le monde occidental.
A moins d’une improvisation de dernière minute (ce qui n’est pas leur habitude), tout porte à croire que l’attaque de l’ambassade n’était peut-être qu’une volonté de brouiller les pistes.
 
L’enquête permettra certainement d’en savoir plus. Une enquête qui doit sérieusement envisager la piste de l’ex-président burkinabé qui ne peut pas continuer longtemps à se murer derrière ce silence qui, s’il n’est pas coupable, frise, tout de même l’indifférence voire le cynisme. A défaut de venir se défendre ne serait-ce qu’en tant que simple témoin, espérons qu’il aura la décence de condamner l’attentat.
 
Paul Yapi, correspondant VRA Sahel
SOURCE : Paul Yapi, VRA Sahel
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